1) Qu’est-ce que le harcèlement ?

Lors du colloque du 14 février 2014, Benoit Galand, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UCL, spécialiste de la violence scolaire, a défini le harcèlement au niveau socio-psychologique comme

  • une action intentionnelle destinée à faire du tort à autrui,

  • répétée,

  • caractérisée par un déséquilibre de pouvoir entre les protagonistes.

  • Certains harceleurs pourraient être plus préoccupés par les bénéfices de leurs actes en termes de statut ou de réputation que par le tort causé à autrui.

  • Le harcèlement peut prendre des formes verbale, physique, matérielle, relationnelle ou virtuelle.

  • Il s'agit d'actes négatifs, volontaires, répétés visant une personne qui n’est pas capable de les arrêter.”

Lors de ce colloque, Nathalie Denies, juriste au Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme avait expliqué qu’“au niveau juridique, le harcèlement fait l'objet de l'article 442 bis du code pénal. Le harcèlement lui-même n’est pas défini dans le texte. Ce délit concerne un ou des actes intentionnels qui portent gravement atteinte à la tranquillité d'une personne. Il est puni de 15 jours à 2 ans d'emprisonnement et/ou d'une amende. En droit, le caractère répétitif de l’acte n’est pas nécessaire pour qu’il soit qualifié de harcèlement.”

 

Est-ce grave ?

Le meilleur moyen de répondre à cette question est d’observer et d’écouter son enfant.  En effet, il est le seul à pouvoir évaluer la gravité de la situation pour lui. Une chose est sûre, dès que l’enfant manifeste ou exprime de la souffrance, elle doit être prise en compte pour ce qu’elle représente pour lui. Il a alors besoin de retrouver de la confiance, de la bienveillance, de l’écoute et de la solidarité. Il faut éviter qu’il ne se sente seul avec son problème.

 

Est-ce réellement du « harcèlement » ?

Dans toutes les réponses aux questions : TVA. Autrement dit, se demander s’il  y a Témoin-Victime-Auteur en tentant de se centrer sur les faits et en les distinguant du ressenti. Nous vous proposons de tenter de vous faire une représentation concrète de ce qui se passe. Lorsque l’enfant accepte de parler de son vécu, vous pouvez l’écouter vous raconter les comportements concrets auquel il est confronté:  ce qui est fait, ce qui est dit, en termes d’exemple. D’une part, cela lui permet de reprendre de la distance par rapport à ses émotions douloureuses puisqu’il décrit la situation comme si c’était un film. D’autre part, cela vous fournit des informations avec des faits précis que vous pouvez décider ensuite de partager avec les adultes de l’école. Il sera généralement moins difficile pour l’enseignant(e) ou le directeur (rice) de se positionner devant des faits et de pouvoir les observer par la suite.

 

Y a-t-il des signes auxquels il faut être attentif et qui permettraient de déceler que mon enfant/ado vit quelque chose de difficile (harcèlement ou autre) ?

Comment le voir, le détecter ?

Si vous observez un changement dans les comportements ou les humeurs de votre enfant, quel que soit son âge, cela peut-être le signe qu’il traverse quelque chose de difficile: repli sur soi, agressivité plus importante, moins de rires, de joie, modification de l’appétit, trouble du sommeil, cauchemars répétés,... Il nous arrive à tous de traverser des moments plus difficiles, des soucis au bureau, avec des personnes qui nous sont chères, etc. Il nous faut parfois quelques jours pour nous sentir moins oppressés par le problème. Dès lors, l’attention va aussi se porter sur le temps. Si au bout de quelques jours, le comportement normal de l’enfant revient sans notre intervention, il aura appris à dépasser sa difficulté en comptant sur lui. ce qui est bon pour son estime de lui. Par contre, si nous voyons les changements s’installer sur plusieurs semaines, il est possible qu’il ne parvienne pas à trouver des solutions seul.

 

Quelles sont les réactions possibles de l’enfant, de l’adolescent ?

L’enfant comme l’adolescent peut ne pas reconnaître qu’il y a un problème par peur de vous décevoir, par peur des représailles, par fierté, par honte… Dans ces cas, vous pouvez juste parler de ce que vous observez (les changements qu’on vient de soulever) et lui demander s’il a besoin de votre aide juste par rapport à ces comportements-là auxquels vous avez accès. Cela peut s’avérer la première porte d’entrée qui vous donnera peut-être accès au coeur du problème un peu plus tard, quand la confiance et la détente se seront à nouveau installées avec vous.

Depuis plusieurs jours, je constate que tu pleures ou que tu t'énerves plus vite qu’avant, il me semble que tu ne dors par bien non plus, que tu n’as pas très faim. Est-ce que tout va bien? Est-ce que tu veux me parler de ces larmes ou de ces cris?”

 

Y a-t-il des manières de prévenir les situations de harcèlement ?

Oui, elles appartiennent surtout à l’école. Mais ce sont souvent les familles qui alertent sur l’existence du problème. Les moyens de prévention consistent surtout à réinstaller de l’empathie et de la solidarité entre les élèves dans la classe et dans l’école. Les effets sont souvent lents et indéniables. Les enseignants demandent souvent aux parents de collaborer en encourageant leur enfant à s’exprimer lui-même lorsqu’il a un souci, quitte à l’accompagner dans la démarche. Aucun problème auquel est confronté votre enfant à l’école ne peut se résoudre sans son concours personnel.

 

Les parents (en associations de parents) peuvent-ils mener des actions de prévention/sensibilisation dans l’école ou est-ce du ressort de l’équipe éducative ?

Sans l’accord de la direction et du PO, la marge de manœuvre des associations de parents reste étroite. Probablement peuvent-elles organiser des conférences - débat à destination de tous les parents de l’école, sans doute peuvent-elles aussi informer, avec le poids que peut représenter une association de parents, la direction et le PO, elles peuvent demander que des programmes de prévention soient instaurés dans l’établissement scolaire mais leur champs d’action s’arrête là.

 

Quelles sont les projets de l’école pour le prévenir : ROI, projets d’établissement… ?

Quand vous inscrivez votre enfant dans un établissement scolaire, vous pouvez toujours vous assurer que le Règlement d’Ordre Intérieur prévient le harcèlement en interdisant toute forme de pression sur autrui.

Le décret du 24 juillet 1997 définissant les missions prioritaires de l’enseignement énonce, à l’article 81, §1 [art. 89, § 1] que : «Un élève régulièrement inscrit dans un établissement de la Communauté française [subventionné], ne peut en être exclu définitivement que si les faits dont l’élève s’est rendu coupable portent atteinte à l’intégrité physique, psychologique ou morale d’un membre du personnel ou d’un élève, compromettent l’organisation ou la bonne marche de l’établissement ou lui font subir un préjudice matériel ou moral grave.»

- Les faits doivent être de nature disciplinaire. Il est important de ne pas les mélanger avec tout

autre fait, notamment de nature pédagogique (par exemple : mauvais résultats scolaires, absences

qui eux ne peuvent pas faire l’objet de sanctions de cette nature.)

- Les faits doivent être imputables à la personne. C’est donc l’élève lui-même qui doit être reconnu

comme auteur des faits reprochés (par exemple : un élève ne peut pas être renvoyé parce qu’il y a

eu une altercation entre un enseignement et son parent).

- L’établissement doit être en mesure d’en apporter la preuve. Les faits reprochés doivent être

précis et prouvés.

* Il est à noter que c’est toujours une possibilité pour l’école d’exclure un élève, même s’il a commis un des faits énoncés dans ces articles. Rien, aucune disposition, aucun acte n’oblige une école à exclure un élève.

Dans la procédure, l’établissement doit toujours aussi tenir compte de l’intérêt de l’élève et ne pas oublier que l’exclusion est une sanction lourde de conséquences.

Il est dans les missions de l’école de trouver la sanction la plus pédagogique.

 

Vous retrouverez plus facilement les systèmes de prévention dans le projet d’établissement lorsqu’il y est fait mention d’espaces de parole collectif (conseil de classe, conseil de coopération qui se vivent en classe, élèves et enseignant réunis).